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Chroniques salmantines 2026 - Journée 2

Mardi 24 février 2026.


Aujourd'hui, la ganaderia s'appelle Fraile. Sa réputation précède son seul nom. Elle est redoutée par tous les toreros pour la difficulté de son bétail. Néanmoins, si l'on a de la technique et du savoir-faire, un peu d'expérience, on peut résoudre. Mais il faut être très en forme.
Aussi, tout le groupe des toreros du stage 2026 est parti, comme désormais à son habitude, tôt ce matin, pour une séance d'entraînement physique, qu'il ne faudra pas feinter aujourd'hui en particulier.

Pendant ce temps, Marc, notre administrateur versaillais, se dirige vers nous. Cet homme passionné, il a beaucoup de cordes à son arc, a pu prendre la route hier, depuis Paris, seul, pour parcourir le chemin jusqu'aux terres salmantines. Son arrivée est prévue vers midi.

Question folie routière, nous en avons une autre, que nous avons apprise hier, dans la journée : Juan,  pour des raisons professionnelles, devra faire l'aller-retour vers la France jeudi, là aussi, c'est pure folie. Il nous a promis de revenir vendredi pour continuer le stage. Nous sommes rassurés de ne pas le savoir seul pour effectuer ces 2200 km, surtout en si peu de temps.

À nouveau, il fait un très beau temps, un petit vent s’est levé mais rien de grave.

Je ne pouvais m'empêcher de penser, en voyant tous ces garçons s'entraîner entre eux, que, finalement, peut-être la magie du CFT opérait. Je redoutais que tous ces jeunes matadors, chacun ayant une haute idée de lui-même, risquaient de ne pas s'entendre. Mais, au contraire, une franche camaraderie s'est installée entre eux, cela tient du miracle !
En effet, chacun faisait le taureau à l'autre et nous avions le privilège d'avoir organisé un entraînement pour la fine fleur de la tauromachie française en devenir : Juan Leal, Clemente, El Rafi, Solal.

Finalement, en réfléchissant bien, je ne trouvais pas d'autre structure française capable de mettre en place ce dispositif pour soutenir la tauromachie en France. Le CFT, depuis 43 ans maintenant, aide au développement de cet art, mettant les moyens nécessaires, pour l’avenir de ces professionnels.

D’ailleurs, à quelques jours de l'annonce, si tôt dans l’année, des cartels de la Feria de Nîmes, année électorale oblige, j'espérais bien que tous ces jeunes talents allaient en être. Ils le méritent tant leur abnégation est grande. Il faudrait aussi qu’un vent de renouveau souffle sur les ruedos, car on s’endort beaucoup sur toujours les mêmes toreros, les mêmes faenas, les mêmes élevages, seules les arènes changent !

Nous nous souvenions avec Solal de ses derniers stages, entre 2012 et 2014, et de la fois où, après le stage, nous l’avions conduit à Sanlúcar, pour une sans picadores qui avait connu un vif succès. Devant une arène pleine à craquer, Solal, partageait le cartel avec un jeune prodige qui avait été ovationné, coupant 2 oreilles. Il avait un style très exubérant et avait enchanté ce public très populaire. Je m’étais dit, mon Solal va devoir faire de l’extraordinaire pour rivaliser. C’est ce qu’il fit, dans un style très classique, au centre du ruedo, avec élégance et efficacité et ça a plu au public aussi, deux oreilles !

Il m’apprit ce matin que le petit prodige n’était autre qu’un certain Christian Parejo !

Lorsque nous sommes entrés nous installer pour le déjeuner, vers 13h45, Julie, qui avait organisé son bureau dans la salle du restaurant, plus au calme, nous expliqua qu’elle avait une visioconférence à 14h !
Mais, Ana ne voulait pas accepter qu’elle parte sans avoir mangé. Elle lui prépara donc son ragoût de pois chiches aux cèpes dans un bol, pour le porter dans sa chambre, 10 minutes pour déjeuner avant la visio…

Conformément au sorteo initial, aujourd’hui, c’est à nouveau Juan (M2), puis Solal (M1), et Nino (N1). Et bien sûr les 2 novilleros sans picadores, Clovis et Israël (S2 et S1). Théorie des ensembles quand tu nous tiens !

Le soleil est là mais le ciel est moins bleu. Pas grave.

15h08, nous partons.
Robliza de cojos. À 20 minutes, en direction du Portugal.
1ère cigogne en vue. Le bétail est majestueux.

15h33. Un énorme 4x4 blanc, façon Mad Max, fonce sur nous, avec Juan Luis Fraile, qui nous fait signe et des vachers, allant dans l’autre sens, sûrement pour intervenir quelque part.
15h34. Les deux portails sont refermés, une voiture, celle du piquero, est garée. Quand Juan Luis va revenir, et Carolina Fraile ? Mystère. Il faudra attendre.

La tauromachie c’est aussi l’art de la patience.

En attendant, les conversations autour du toro, de la technique sont toujours intéressantes. Je réalise combien j’ai connu presque tous ces jeunes professionnels, voici 15 ans, lorsqu’ils en étaient à leurs balbutiements. Je les retrouve mûrs, centrés, ayant « du poil aux pattes » comme on dit et cela m’enchante.

Hier, je me remémorais ce petit blondinet, aperçu en capea, à Maubourguet, par une matinée de bruine bretonne, qui m’avait marquée et laissé un bon souvenir. Il était là, devant moi, trentenaire, élégant jeune homme, très centré, tenant un discours qui me plaisait, car je partageais exactement sa vision de la précision du Toreo. C'était Clemente.

Pour ma part, je n’avais pas le sentiment d’avoir vieilli, (pourtant, si !), mais je constatais combien eux avaient mûri et j’en étais ravie.

16h07 Juan Luis apparaît, casquette vissée et son carnet vert sous le bras.
Vent frivolant.
Apartado, des jeunes tapias sont là, espérant grappiller une passe.
« Quand vous voulez, on commence ! » 
16h17.Juan Luis chasse les spectateurs installés sur la tapia, il ne veut personne côté plein soleil, face à la sortie du toril !

1ère vache noire, haute, le vacher l’appelle a cuerpo limpio vers le burladero opposé au cheval.
« Pararla », Juan.
Vache au centre. Va au cheval.
« Sacarla, sacarla ». Solal.
Puis Nino.
16h25 « torearla ». Juan.
Le vent gêne énormément.
Puis, il prend le rythme se rapproche de la vache et elle répond à ses sollicitations.
Il torée dans 1m² . Elle est exigeante, mais il l'a fait rompre.
La vache ne tombe plus, elle est aimantée à la muleta. Juan aguante et ça passe. Toujours très près.
2ème cigogne qui prend son vol au loin.
16h38. « Gracias ganadero ».
Au tour d'Israël. Il s’en sort pas mal du tout. Même si les terrains sont quelques fois discutables.
16h45 : le vacher coupe les poils de la queue de la vache pour marquer son passage en tienta puis liberté vers les chiqueros.

16h50. 2ème vache. Pour Solal.
Mêmes sollicitations du vacher.
« Pararla ».
Un peu faible. Une zone de sable très meuble et humide au centre n’aide pas. Les rencontres au cheval l’ébranlent.
16h55. « Cuidarla al principio ». Muleta.
Elle tombe beaucoup, Solal cherche la bonne zone mais la vache est souvent parterre.
Sans force, la pluie n’a pas aidé.
17h01. Coiffure. Puerta.
Le cheval de picadores fait quelques pas pour se détendre.
17h07 : « Cuando queráis ».

3ème vache. Noire, forte.
Solal ressort.
La vache s’encastre dans un burladero. Le vacher et Tomas accourent pour la décoincer !
Au centre, pour le cheval.
Puis Nino.
Mais cette zone de sable mou et humide l’attire.
Elle va au cheval.
17h17 Pepe Fraile fait son apparition et me donne des nouvelles rassurantes de Javier Cuartero, bloqué entre Mexico, Paris et Madrid. Il devrait arriver demain matin tôt.
Solal, peut enfin toréer.
Plutôt très bien d’ailleurs, compte tenu du caractère âpre de sa vache.
17h25. Clovis.
Il faut arracher chaque passe mais c’est un excellent exercice.
Et surtout éviter le refuge de la zone humide et molle du centre du ruedo.
Il torée au fil du mur pour la garder près de lui, mais rien n’y fait, elle retourne au centre.
17h33. Tomas surgit pour la basculer, avant le coup de peigne. Il a le coup.
Puis, reconduite à la frontière.
Puerta.
17h34.

17h39. 4ème vache. Rousse pour Nino.
Couleur du sable, camouflage parfait.
17h46 Nino à la muleta.
Excellente vache. Nino peut toréer.
Elle est sérieuse mais elle passe dans la muleta.
Un peu à gauche pour voir ? Aussi.
Après 20 minutes, la vache qui a bu cette muleta à chaque passe entrouvre la bouche. « Merci ganadero ».
18h01 Israël.
Il en profite.
18h07 cabriole et coupe au bol. Puerta.

18h13      5ème vache, noire. Haute. Juan à nouveau.
18h19 Muleta pour Juan.
Le vent a calé, soleil tombant.
Comme la vache d’ailleurs, qui donne quelques signes de faiblesse. Mais, elle continue à passer, 18h25, elle n’en peut plus. On profite qu’elle est au sol pour la coiffer. Ils sont 4 pour la décider à se lever.
Juan la conduit à la porte, après de nombreuses tentatives pour la relever en lui mettant la Muleta sur le frontal, mais rien n’y fait.
Par les cornes et la queue, non plus.
Alors, on veut l’évacuer par le grand portail, portée par 5 personnes. Pas terrible !
Un beau cheval noir passe au galop non loin de la placita.
18h35. Il ne nous reste que peu de temps avant la tombée du jour.
18h36, bruits de portes métalliques, quelques pas pour le cheval.

18h38. Ultime vache. Noire.
Il commence à faire frisquet et humide, le soleil tombant.
Solal à la manœuvre.
Espérons qu’il aura plus de chance qu’avec sa première vache.
Elle va franchement au cheval mais le choc la renverse.
Nino tente de la placer, mais elle retombe, se relève, c’est pas simple.
Solal essaie à son tour. C’est pénible.
18h45 « a torear ». Pour Solal.
Pour l’instant elle tient debout.
Mais elle est très méfiante, très réservée, c’est pas top.
Elle adopte désormais une position « coucouche panier – papattes en rond » qui ne dit rien de bon. Le vacher intervient avec ses ciseaux, nul besoin de la tenir, elle ne veut plus bouger. Clovis accourt pour aider, à ce moment, la vache tourne la tête et Clovis reçoit un coup  au genou ! Pas de chance.
Ils sont 8 pour la soulever, le grand portail est ouvert, elle est debout, Solal la dirige à l’extérieur. 18h56.

Je vois Juan Luis Fraile très très pensif, disant que c’est la première fois que ça arrive, ce genre de faiblesse. Nous verrons vendredi, lors de notre second tentadero chez lui. Espérons qu’elles auront plus de forces. Comme quoi, il ne faut pas toujours se fier à la réputation !
 
Ce soir, notre ami Íñigo Sepúlveda vient dîner avec nous, trop triste de ne pouvoir, cette année, nous accueillir dans sa finca totalement inondée.

Les pluies diluviennes de ces dernières semaines ont déjà des effets sur le campo et le bétail. Les ferias de début de temporada nous réservent peut-être des surprises quant à la faiblesse de appuis. Nous sommes là pour tout voir !

(Photo Marc Bouhiron)


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